Mont Kailash

L’autre Mont-Gerbier-de-Jonc

Non, ce n’est pas une copie miniature que l’on trouve dans un parc d’animation pour égailler les enfants ! Il existe une montagne qui a bien des points communs avec le Mont-Gerbier-de-Jonc : le mont Kailash.

 

Incroyable comme ces ceux-là se ressemblent ; pourtant, ils sont séparés par des milliers de kilomètres : le mont Kailash se trouve en effet à l’est du Tibet, dans l’Himalaya !

 

D’abord, leur forme est assez proche : en sanskrit « Kailâsa » signifie « cristal ». Quant aux Tibétains, ils le nomment Ghang Rimpoche, ce qui signifie le « précieux joyau des neiges ». On est certes loin de la meule de paille de notre montagne ardéchoise, même si cette dernière est aussi un précieux joyau, l’un des grands symboles du Massif central. Comme la Loire, le plus long fleuve français, qui nait au Mont-Gerbier-de-Jonc, le mont Kailash est le point de départ de l’un des quatre plus grands fleuves d'Asie : l'Indus. Certes, le premier ne fait « que » 1012 kilomètres contre 3180 pour le second. D’accord, il y a juste un problème d’échelle. Mais n’oublions pas que le mont Kailash se situe dans l’Himalaya !

En tout cas, ces deux fleuves sont mythiques, car ils ont accueilli des grandes cultures : L’Indus a bercé une civilisation très ancienne, l’un des premiers foyers d’organisation humaine, et la Loire a reçu en villégiature les plus prestigieux rois de France à l’époque où notre pays était imité par toute l’Europe.

 

Dans un contexte religieux, les deux ont aussi une forte importance : Pas très loin du Gerbier, le monument gallo-romain de Sainte-Abeille était certainement dédié à un culte des sources. Cela expliquerait l'origine du toponyme " Lalligier " qui viendrait de " Liger ", nom latin de la Loire. C’est aussi au bord de la Loire que l’Edit de Nantes a été signé dans une partie qui existe toujours du château médiéval de cette ville. Et c’est pour piller la très riche abbaye Saint-Martin de Tours (dont il ne reste presque rien) que les « Arabes » - en fait des Berbères - allaient quand ils ont été arrêtés à Poitiers.  

Quant au mont Kailash, il est sans conteste le site le plus sacré… de l’Himalaya ! Il est le centre de l'univers Bouddhiste ; chaque adepte de cette religion aspire à en faire le tour. Mais c'est aussi un endroit sacré pour les Hindous, les Jaïns et les Bönpos depuis des siècles. Les abords de la montagne divine sont des lieux saints où « les pierres prient ». Pour l'hindouisme, le sommet de cette montagne est considéré comme la demeure de Shiva. Pour le bouddhisme, l’année du cheval invite le pèlerin à en faire de tour. Une telle action est censée purifier le karma du croyant pour une vie. L'effectuer cent fois assure l'illumination.

 

Bon, il existe aussi de nombreuses différences entre ces deux montagnes : la française culmine à 1551 mètres contre 6714 mètres d’altitude Mont Kailash! Le Gerbier-de-Jonc est comme une pâquerette au pied d’une marguerite… Comme on le sait, avec le développement du tourisme, « notre » montagne est devenu un lieu d’excursion majeur en Ardèche. Par contre, le mont Kailash ‘’centre de l’univers’’ n’a jamais été gravi : interdit d’embêter les Dieux dans leur demeure.

 

Il existe une anecdote à ce sujet : en 2001, le gouvernement tibétain en exil et le journal britannique The Observer ont affirmé qu'une expédition espagnole avait obtenu de la part des autorités chinoises la permission de tenter l'ascension du Mont Kailash. Le gouvernement tibétain en exil réagit immédiatement : « Nous avons été profondément affectés en apprenant que les autorités chinoises ont donné la permission à un groupe d'alpinistes espagnols de faire l'ascension du mont Kailash qui est sacré pour trois grandes religions. Les Hindous, les Bouddhistes et les fidèles de Bön considèrent en effet cette montagne comme sacrée. Pour les Hindous, cette montagne est le centre de l'univers. Les Bouddhistes tibétains et les Bön la considèrent comme la demeure des Dieux qui symbolisent l'union des forces mâles et femelles. Demander la permission de grimper sur le Kailash ainsi qu'accorder cette permission est clairement la négation des sentiments religieux qui animent les fidèles de trois des grandes religions du monde (…) Traiter la montagne la plus sacrée au monde comme un vulgaire terrain de sport constituerait la preuve d'une insensibilité flagrante vis-à-vis des sentiments religieux du peuple tibétain ».

Ces affirmations furent démenties par le gouvernement chinois : « Nous n'avons jamais autorisé de telles activités, et toutes ces dépêches prétendant que la Chine a donné la permission à une équipe d'alpinistes espagnols de gravir le mont Kailash sont absolument sans fondement ». Ainsi, ce sommet n'a jamais été gravi ! Quand je passe devant le Mont-Gerbier-de-Jonc, il m’arrive de rêver que le Dalaï-lama s’en mêle…

 

Le mont Kailash ressemble aux fameux ‘’char des dieux’’ dans la culture indienne. Cela désigne aussi le trône ou le palais céleste, par extension le palais royal ou le sanctuaire d'un temple. Ce terme est aussi utilisé pour désigner les OVNIs en Inde… le mont-Gerbier-de-Jonc, un OVNI ! Avouons que l’idée est bien plaisante.

Le mont Kailash est enfin la référence d’un temple construit dans le sud de l’Inde, le temple de Kailash. C'est probablement la plus grande construction monolithique du monde. On estime qu'environ 400.000 tonnes de roches ont été dégagées sur une centaine d'années pour construire cette structure monolithique. L'excavation mesure 84 m de longueur, 47 de largeur et 33 de hauteur. Le temple lui-même est long de 45 m et large de 30 m. Le Temple de Kailash fait partie d'un groupe de monastères et temples situé à Ellora, dans le Maharashtra. C'est un ensemble de constructions sur plus de 2 km² creusés dans la paroi d'une haute falaise en basalte (tiens, de la roche volcanique, comme le Mont-Gerbier-de-jonc). Sur les 34 monastères et temples que l’on y trouve, le Kailasa est le plus connu en raison de sa taille, de son architecture et de sa décoration. Ce temple rappelle le Mont Kailash, demeure du dieu Shiva. Il a été construit au VIIIe siècle. On y trouve aussi une grande sculpture du démon Ravana essayant de soulever le Mont Kailash, demeure de Shiva qui a inspiré le temple. Il s’agit d’une œuvre majeure de l'art indien. Quant au temple de Kailâsanâtha (725-755), il est le joyau du site, complètement excavé de la falaise. Sa taille est deux fois plus importante que celle du Parthénon d'Athènes.

 

Aucun temple ne s’inspire du Mont-Gerbier-de-Jonc. Mais quand on voit le nombre de touristes qui vient le gravir chaque année, on peut se demander s’il n’est pas devenu lui-même un grand temple, certes laïque, mais adulé de tous. Normal qu’il évoque les forces profondes de la nature : la Loire est le seul fleuve européen à être resté sauvage.

 

Ainsi, par l’intermédiaire du mont Kailash, une question se pose : le Mont-Gerbier-de-Jonc ne serait-il pas pour les Européens le pays de l’Agharta du monde bouddhiste, la Shangri-la du Tibet, le mont Olympe des Grecs, l’Amenti du livre des morts des anciens Egyptiens, la cité des Sept Pétales de Vishnou, la cité des 7 rois d’Edom, ou encore l’Eden de la tradition Judaïque : autrement dit, le paradis terrestre ?

 

Benoit Pastisson

 

Galerie de photos

Le Mont Gerbier-de-Jonc