Vieux ponts ardéchois

SAUVONS LES VIEUX PONTS ARDÉCHOIS !

 

 

 

 

 

L’un des grands symboles de l’Ardèche est un pont naturel, le pont d’Arc. Mais derrière cet arbre se cache une forêt de ponts extraordinaires. Malheureusement, nombre d’entre eux sont délaissés, tombent en ruines, et menacent de s’écrouler. Il semble important de réagir pour sauver ce patrimoine qui, quand il est réhabilité, attire de nombreux touristes et apporte de la fierté au département.

Le Pont d’Arc est bien différent des autres : c’est le seul pont qui n’a pas été construit par des mains humaines. Si la région était autant parcourue par les hommes dès la Préhistoire, c’est parce que le Pont d’Arc était utilisé comme moyen pour franchir l’Ardèche. Au début du XVIIe siècle, on y a même fait passer des armées. Mais le chemin qui enjambait cet arc est aujourd’hui fermé, pour des raisons de sécurité. Si ce pont naturel est le plus ancien du département, le premier fait par l’homme date du mégalithique et se trouve au hameau du Prieuré, à Lablachère. Il est constitué de bloc de grés. Il n’est pas haut, 1,8 m du sol au maximum, mais en période d’eau abondante, il permet d’éviter de se mouiller en passant à gué. Son architecture évoque les dolmens, nombreux dans la région.

Les ponts romains qui nous sont parvenus sont rares, mais il en existe encore quelques-uns : on peut dater de cette période avec certitude le pont situé au Pouzin (toujours en activité), le pont de Viviers sur l'Escoutaÿ et le vieux pont de Tournon sur le Doux qui est intégré à un barrage. Quant aux nombreux autres ponts dits « romains » du département, ils datent souvent du Moyen-Âge, même s’ils peuvent avoir été reconstruits à l’emplacement d’un pont plus ancien. En effet, beaucoup de ponts ont été régulièrement emportés par les épisodes dits cévenols. Certains d’entre eux ont été reconstruits plusieurs fois au cours de l’histoire, souvent en enlevant des arches et en les mettant plus hauts quand c’était possible pour être bien au-dessus des fortes crues.

Entre le Moyen-Âge et l’arrivée du béton, les nombreuses vallées ardéchoises étaient habitées par une population dense, très mobile aussi. D’une part, il fallait transporter les marchandises produites dans toutes les campagnes, et n’oublions pas que la vallée du Rhône étant marécageuse, les convois faisant le chemin entre le nord et le sud de la France passaient par l’Ardèche. On comprend mieux pourquoi l’Ardèche est le département de France où l’on dénombre le plus de vieux ponts : un ouvrage d’Yves Morel, en 1999, avait comme titre "Le Département aux 2200 ponts", mais des décomptes plus récents arrivent autour de 2350 ! Les vieux ponts en pierres ont eu des destins divers : avec le développement des voitures à cheval, puis des automobiles, certains ont été abandonnés pour un pont plus large fait dans une route avec une pente plus douce, d’autres ont été élargis (création d’une plateforme en béton sur les voûtes), enfin d’autres ont été détruits. Dans d’autres situations, des ponts ont été abandonnés parce qu’ils desservaient des régions autrefois peuplées mais aujourd’hui abandonnées.

Depuis la seconde guerre mondiale, une petite partie de ceux qui étaient à l’abandon a été consolidée et remise en état. On pense au célèbre pont du Diable de Thueyts, mais aussi à plusieurs ponts sur le Lignon, dont le pont de l’Échelette qui a été récemment remis en état avec un environnement aménagé.

Mais pour quelques prises de conscience suivies de restauration, combien de ponts magnifiques sont aujourd’hui menacés d’effondrement ? Prenons un exemple sur la commune du Roux : à Vauclare, un ancien petit village complètement en ruines, le seul accès était un énorme pont avec une voute très impressionnante. On pouvait encore le franchir il y a une dizaine d’années, mais il serait inconscient de s’y aventurer aujourd’hui. Pourtant ce pont majestueux, immense, est un reflet de la richesse de l’Ardèche. Sauver le pont de Vauclare, ce serait sauver ce qui a fait la puissance de ce département.

À Labastide-sur-Besorgues, le pont ancien en contre-bas du pont routier qui enjambe la Besorgues est utilisé l’été quotidiennement par des centaines d’estivants allant se baigner. Il faut se méfier, car des pierres éboulées au milieu du pont ont créé des trous, certes pas encore trop gros, mais pour combien de temps ?

Les ponts pouvaient avoir des fonctions différentes. Si le plus souvent ils étaient pour les hommes, il arrivait qu’ils soient construits pour l’eau. Les ponts béalières (pour mémoire, une béalière en Ardèche est un circuit d’irrigation construit par l’homme) sont souvent abandonnés, remplacés par des tuyaux inesthétiques. À Montpezat, pour rejoindre le bas de la fantastique cascade trop méconnue, il faut prendre un petit chemin et passer sur un pont béalière qui ne transporte plus d’eau depuis longtemps. Ce pont se dégrade d’année en année. Sur la Veyruegne, entre Saint-Pierreville et les Quatre Vios, un pont mixte, dessus pour les hommes, dessous pour l’eau, se détériore lentement mais sûrement.

L’eau, les rivières, et donc leur franchissement est pourtant une spécialité bien ardéchoise. Dans le hameau de Vilar, entre Burzet et le col de Moucheyre, une petite chapelle a été construite devant la maison de naissance de Jean de Tensanges, le constructeur au XIIe siècle du célèbre pont Saint-Bénezet, connu sous le nom de pont d’Avignon. Plus récemment, un autre Ardéchois s’est fait connaître en inventant et construisant des ponts suspendus : Marc Seguin, à Tournon.

Mesdames et Messieurs, élus du département, des communes, des communautés des communes, de la région, responsables du Parc des Monts d’Ardèche, sauvez les vieux ponts ardéchois. Ils ne sont pas le passé de l’Ardèche, ils sont l’Ardèche.

Benoît Pastisson