Sortie Eté 01

Une journée à Vals-les-Bains

Les ‘’Ardéchois à Paris’’ ont l’instinct grégaire. Ils aiment se déplacer en meute. Leur traditionnelle sortie d’été est donc un rendez-vous qu’ils affectionnent particulièrement. Cette année leur choix s’était porté sur Vals-lesBains, à moins que ce ne soit l’inverse. Les thermes savent séduire. Difficile en effet de ne pas se laisser entrainer par leur pouvoir attractif. C’est donc un aréopage de soixante-dix sociétaires qui s’y était retrouvé le matin du jeudi 3 août.

Cette ville si paisible sous la douceur de cette journée estivale est en fait chargée du poids de l’Histoire palpable à travers de nombreux témoignages et de profonds stigmates. Il était donc naturel que dès notre arrivée nos hôtes feuillètent avec nous quelques-unes des pages emblématiques de sa longue et tumultueuse aventure à travers les siècles en commençant par une visite du musée Champanhet. Ils nous entraineront plus tard dans les méandres des vieilles ruelles caladées sur les traces des seigneurs qui régnaient alors sur la ville. Mais le point d’orgue de cette matinée restera pour tous la vue panoramique sur cette onde silencieuse de toits de tuiles rouges se pressant dans une agitation immobile qui aurait enthousiasmé le Hussard de Jean Giono.

L’Histoire de la ville devait se poursuivre de manière inattendue dans la salle à manger du Grand Hôtel des Bains. Nous nous étions à peine installés pour le déjeuner dans ce décor de style victorien, quand Jean-Paul Ribeyre, l’un des fils de l’édile de la ville qui en a marqué de son empreinte l’histoire pendant plusieurs décennies, a pris le micro. D’une voix appliquée et sur un ton d’abord débonnaire, l’avocat, auprès duquel était assis son frère Dominique, ancien président de l’Amicale, nous a raconté différentes péripéties de l’occupation à travers le passé du bâtiment où nous nous trouvions. Son récit habilement maitrisé transformait insensiblement notre perception de l’espace qui nous entourait. Ses mots distillaient des images. La guerre avait habité cette salle. Son empreinte avait résisté au temps. Les chambres qui servaient de cellules comme la présence des gendarmes qui en assuraient tour à tour une surveillance rigoureuse puis plus conciliante envahissaient notre imaginaire. Et puis soudain, avec une tonalité plus grave, presque solennelle, notre orateur a rappelé cet épisode grandiose qui devait concentrer ce que la guerre peut avoir de plus dramatique, quand son père Paul Ribeyre, le 16 juin 1944, suite à un accrochage entre la milice et la Résistance, refusa de livrer à la Wehrmacht une liste d’otages en se proposant avec sa famille pour les remplacer. Dommage que l’orateur n’ait pas su clore son discours sur ce moment d’émotion. La pertinence des nombreuses anecdotes qu’il avait l’intention de partager devait rapidement se perdre dans une ambiance débridée de fourchettes rythmée par le ballet des serveurs virevoltants entre les tables avec leurs assiettes déjà tièdes à la main.

Mais les ‘’Ardéchois à Paris’’ n’étaient pas venus à Vals-les-Bains en simples spectateurs. L’Association avait une mission qui a toujours été inhérente à sa raison d’être. L‘’Amicale des Ardéchois à Paris’’ offre chaque année une bourse à des élèves méritants. Et cette année la salle de réception de la mairie de Vals-les-Bains devait lui servir de décor. C’est la sénatrice Anne Ventalon, (App LR) membre de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication, nouvelle adhérente à notre association, qui a annoncé solennellement aux deux jeunes sélectionnés le bénéfice de cette bourse. Avec simplicité et délicatesse l’ancienne enseignante n’a pas eu à surjouer son rôle pour trouver les mots justes mettant aussitôt à l’aise nos deux impétrants. Enzo, jeune diplômé du lycée technique de Chomérac, se destine aux métiers de travaux publics qu’il étudiera à Livron. Lucie de son côté gagnera Science Po, rue Saint Guillaume à Paris, auréolée de la mention Très Bien au bac avec les félicitations du jury. C’est Astrid Marchial Tauleigne, la nouvelle présidente de ‘’l’Amicale des Ardéchois à Paris’’, qui assurait pour la première fois l’animation de cette cérémonie à la fois émouvante et joyeuse. Sa jeunesse la rapprochait des lauréats, mais son tempérament et son implication dans sa nouvelle mission révélaient une tout autre maturité. Astrid n’aime pas suivre les traces qui s’imposent sur son chemin. Pas sûr non plus qu’elle affectionne les chemins de traverse. Une chose est certaine elle appréhende son mandat avec une détermination et un enthousiasme qui annoncent une page inédite dans l’histoire de l’Amicale. C’est finalement sur les marches de la mairie, autour d’Anne Ventalon toujours élégante et souriante, que devait s’achever cette cérémonie avec un cliché souvenir qui malgré la bonne volonté manifeste du photographe ne parviendra jamais à saisir l’ensemble du groupe.

Vals-les-Bains est avant tout une histoire d’eau. Mais la poésie de ses multiples sources n’est pas réductible d’une approche à la fois technique et médicale. Un hydrologue se devait donc de nous en expliquer les subtilités. Nous voilà exfiltrés de la luminosité aveuglante et brulante des bords de la Volane pour nous plonger dans une grotte accueillante comme un Eden climatisé. C’est autour d’un robinet esseulé et intimidité par notre invasion comme un anachorète surpris dans sa méditation que notre scientifique nous entraina dans les entrailles d’un monde inaccessible. Il nous parla de l’eau infiltrée dans les hauteurs du relief des massifs de l’Aubespy et de Cournialet à plus de 900m, du gaz carbonique planqué dans des failles improbables, de températures dantesques de près de 200° à des profondeurs abyssales pouvant atteindre 4500m, voilà qui était suffisant pour que chacun dans son for intérieur décide sur le champ que désormais il n’ouvrirait plus jamais une bouteille d’eau de Vals avec désinvolture. La suite de la visite fut plus paisible. Elle devait même séduire beaucoup d’entre nous. Chaussés par hygiène comme des laborantins, nous fûmes invités à parcourir les infrastructures liées directement aux soins et aux cures. Leur originalité architecturale, la multitude des commodités offertes aux patients comme la sérénité qui s’en dégageait offraient une impression en parfaite harmonie avec la réputation et l’efficacité des cures, au point que certains parmi nous envisageaient à demi-mot d’y revenir pour un séjour plus conséquent.

Dehors le soleil n’en finissait plus de se mirer sur la surface quasiment immobile de la Volane toujours très discrète au cœur de l’été. Après une dernière visite dans l’élégante maison de Charles Imbert offrant comme ultime souvenir à ses invités une vue étonnante sur le Château d’Aubenas, les 70 ‘’Ardéchois à Paris’’ échangeaient avec gourmandise leurs impressions sur cette journée que tous s’accordaient à considérer comme aussi agréable que passionnante.

Jean-Marie Bayle

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