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Le Mastrou enflamme l'Ardèche !

Rivières asséchées, prairies brûlées, arbres mourants, vagues d’incendies et restrictions d’eau, partout en France, cet été, la sécheresse a fait des ravages !

 

En Ardèche, entre Tournon et Lamastre quand se déclenchent en série des incendies, les passions aussi s’enflamment ! Cet été, des incendies ont démarré le long de la voie ferrée que parcourent le Mastrou, les vélorails et plusieurs fois par jour l’autorail Billard classé monument historique. Les passagers ont dû débarquer.

Qui est coupable ? Est-ce la magnifique locomotive Mallet ou le vénérable autorail de 1938 qui projettent ces étincelles ?

Mardi 9 août, les broussailles s’enflamment une fois de plus sur le trajet du train. Il faut ramener les 1300 passagers à Saint-Jean-de-Muzols en autobus, le Mastrou reste bloqué entre Lamastre et Colombier-le-Vieux. En quelques heures, 10 ha  brûlent, le feu traverse la route départementale et menace le hameau Chabanet. 73 sapeurs-pompiers sont mobilisés, un Milan largue du retardateur de feu, un Canadair sept fois de l’eau, le préfet fait fermer le pont de Duzon et les départementales 532, 534, 238 et affirme que « le Mastrou a provoqué accidentellement un incendie. »

Si au soir du 9 août, l’incendie est maîtrisé, le lendemain, il y a 5 départs de feu le long de la voie ferrée, au Crestet et à Empurany. Au camping des Roches, tout proche, des mobil-homes brûlent ! Le hameau des Garniers est évacué. Le ballet des pompiers et des canadairs reprend et cette fois, ce sont 20 ha de végétation qui partent en fumée. Le Mastrou est montré du doigt ! Le préfet prend des mesures radicales et interdit la circulation du train à vapeur jusqu’au 15 août d’abord puis  jusqu’au 21 août, tant la pression incendiaire est forte : 2000 ha ont brûlé cet été en Ardèche !

« Le Mastrou a bon dos » plaide son directeur, Pierrick Géranton qui conteste la décision. Aucun train à vapeur ne circulait le 10 août, jour de départ des feux. Seuls s’y trouvaient l’autorail diesel qui tractait les vélorails et le train-citerne venu sur la voie en renfort des pompiers. Il rappelle que toutes les locomotives à vapeur sont équipées de filtres spécifiques contre les étincelles, filtres contrôlés tous les jours ainsi qu’est vérifiée l’étanchéité des cendriers équipés d’arroseurs chargés de refroidir les résidus retenus par la locomotive.
De plus, un agent en queue du train surveille d’éventuels départs de feu. Pour Pierrick Géranton rien n’implique que les départs de feu seraient dus à la machine et non pas à un voyageur qui aurait jeté un mégot de cigarette par la fenêtre. Il déposera le jeudi 11 août une plainte contre X pour incendie le long de la voie ferrée à la gendarmerie de Lamastre.

Derrière lui, la polémique se déchaîne : « le département de l’Ardèche soutient le Mastrou » annonce Olivier Amrane, président du département ; le Mastrou est « un élément majeur de l’identité ardéchoise ».
Comme lui, Jean-Paul Vallon, vice-président du département, maire de Lamastre et président de la communauté de commune du pays de Lamastre ainsi que Laëtitia Bourjat, conseillère départementale déléguée à l’économie, s’opposent à l’arrêté du préfet et contestent le principe de précaution qui oublie un peu trop « les retombées économiques de cette exploitation » 130 000 personnes parcourent chaque année les 30 km de cette « ligne mythique » !

D’autres s’indignent, comme Marie-Laure Blanc, maire du Crestet : « Le monde agricole, les habitants, moi-même sommes excédés par le passage du Mastrou en pleine sécheresse… les pompiers sont épuisés, on met leur vie et celle de la  population en danger, c’est inacceptable ! »

On ne saura pas qui du train ou d’un mégot aura mis le feu. Le Mastrou reste soupçonné mais … la pluie a fini par arriver… le préfet revient sur sa décision et autorise sous conditions la circulation du train dès le vendredi 19 août. Pierrick Géranton propose de renforcer encore les mesures de sécurité avec un plan d’action qui doterait le Mastrou d’une citerne avec des pompiers embarqués et de plus de personnel pour faire respecter les consignes (interdit de jeter son mégot par les fenêtres !!!).

On peut aujourd’hui se demander si toute cette énergie à vouloir dégager un coupable n’est pas un écran de fumée permettant d’occulter l’impact terrible de cette sécheresse sur le futur. Avec un été ardéchois au niveau « crise » qui est le plus haut niveau d’alerte, avec le Doux en juillet à 2,5 % de son débit moyen, avec un préfet qui déclare : « vous n’avez le droit de ne rien faire à part nourrir vos animaux et boire, ce qui veut dire qu’il n’y a vraiment plus d’eau dans les rivières », avec depuis le début de l’année un déficit en eau jamais vu depuis 50 ans, le vrai problème vient du réchauffement climatique et pas d’escarbilles qui chauffent les esprits.

De jeunes cultivateurs produisant un maïs venant à maturité en 90 jours attendent des semences améliorées qui seraient mûres en 60 jours… avant que ne tombent les restrictions d’eau ! Des communes comme Arlebosc recyclent les eaux de la  station d’épuration pour l’arrosage.

D’autres innovent pour éviter les coupures d’eau : à Beaumont, dans le sud de l’Ardèche, un REEPS, réservoir d’eau enterré plein de sable, est en construction qui constituera une nappe phréatique artificielle inventée par T. Labrosse, médaille d’or 2011 du concours Lépine. Il s’agit de stocker l’eau dans une bassine de sable. Le sable naturel contient 40% d’air entre les grains, l’eau en s’infiltrant prend la place de l’air et peut être conservée sans croupir plusieurs années avant d’être potabilisée. Ce projet expérimental est financé (84 000 €) par l’état et le département.

Incendies, raréfaction de l’eau, les sècheresses plus précoces, plus intenses si elles peuvent susciter l’innovation, accentuent aussi les craintes et les conflits. Au coeur de l’été, l’inquiétude s’est installée en Ardèche.

Élizabeth Meyrand