Salon de l'Agriculture sous tension pour l'Ardèche
L’Ardèche faisait une nouvelle fois salon à Paris. malgré la sérénité générale de cette 61e édition, l’ambiance était tendue sur son stand. Cette tension s’apaisera seulement quand seront évoquées la richesse agricole et la qualité des produits du département.
N3 E104 - Non, ce n’était pas un code secret réservé à quelques initiés, il s’agissait de la signalétique permettant de se repérer pour accéder au stand de l’Ardèche. Niché au cœurdu Hall 3, entre le nougat de Montségur et ses chaudrons de cuivre, les salaisons de Montséret et le bistrot ‘’La potée’’, c’était là que l’agriculture Ardéchoise affichait cette année son excellence en présentant ses produits d’exception et ses savoir-faire.
En découvrant le stand le jour de son inauguration, on était d’abord séduit par son décor chaleureux, coloré et pétillant comme un marché cévenol en miniature pendant la période estivale. Mais, en se rapprochant des personnalités présentes, la perception était sensiblement différente. L’ambiance semblait étrange, l’atmosphère crispée. L’origine de ce malaise était prévisible. Le résultat inédit des récentes élections à la Chambre d’agriculture avait encore, chez certains, un goût amer.
Contre toute attente, ce scrutin avait donc permis à la Confédération paysanne de ramasser la mise quelques jours auparavant, et de belle manière, elle a décroché 14 des 18 sièges. Mieux, en boutant la FDSEA qui était aux commandes jusque-là, elle fait de l’Ardèche, avec la Corse, l’un des deux seuls départements métropolitains plaçant en tête la Confédération paysanne. Mais cette victoire avait pourtant un goût d’inachevé pour le Syndicat paysan. Faute d’organisation préalable, par l’équipe sortante, de l’élection du nouveau Président de la chambre consulaire, ce qui aurait permis de sceller définitivement leur victoire, la Chambre d’agriculture de l’Ardèche se retrouvait sans représentants offciels. Une première. Aucune coanimation avec le Département ne pouvait être envisagée. Seuls des agriculteurs représentants les différents syndicats se sont donc retrouvés sur le stand, formant un aréopage hétéroclite et anonyme, les vainqueurs nepouvant se manifester comme tels.
"On est dans l’incertitude de ce qui va se passer" déplorait Julia BURILLON, nouvelle élue de la Conf’07. Cette bergère qui, avec son compagnon, gère un troupeau d’une centaine de chèvres et brebis dans le sud du département était partagée entre la fierté de son élection et les incertitudes sur le devenir de son mandat. À contrario, Aurélien MOURIER, tête de liste du même syndicat, se voulait plus confiant. Il avait peu de doute quant aux résultats de la prochaine session d’installation, à travers l’élection des collèges, qui devrait consacrer la victoire du Syndicat paysan. Et s’il était conscient que la transition avec l’ancienne mandature serait délicate, il focalisait ce jour-là ses efforts vers les filières du département avec lesquelles le dialogue semblait bien engagé. De même qu'il tenait à préciser que sa première mesure serait d'intégrer des représentants des syndicats minoritaires au sein des bureaux, par souci du pluralisme. Pour Olivier AMRANE - le président du Conseil départemental (LR) – l’enjeu de ce salon ne devait souffrir d’aucunes fausses notes. "Laissez respirer les agriculteurs qui en ont bien besoin". A deux reprises, le patron du Département a formulé cette supplique qui, dans le contexte de cette journée, semblait résonner comme une boutade qu’il s'adressait àlui-même, personne n’ayant l’intention de priver quiconque d’oxygène. Celui pour qui "L'agriculture est une priorité départementale" a une nouvelle fois exprimé ses inquiétudes face aux menaces des périodes de sécheresse en été. Il a donc défendu un développement du stockage de l'eau plus efficient. Il sait le dossier délicat, voire sulfureux. Prudemment, le Président du département a suggéré de lever quelques règles, en ajoutant aussitôt, "de manière raisonnée" C’est lui qui avait œuvré en 2022 pour que l’Ardèche retrouve sa place au Salon de l’agriculture après plusieurs décennies d’absence. Une initiative unanimement appréciée qui se montrera une nouvelle fois efficace pour mettre en valeur toutes les filières et les produits du département.
Lors de cette journée inaugurale, tous les secteurs du monde agricole ardéchois ont donc été évoqués, avec un focus particulièrement remarqué sur l’avenir de la châtaigne. Fabrice BRUN (Député DVD) ne cachait pas son enthousiasme. Il est l’un des artisans d’un plan pour redynamiser au niveau national la production de châtaignes. Cinq millions. Grâce à son insistance, cinq millions ont été inclus dans le projet de loi de finances 2024. Parmi ses priorités, l’élu de la troisième circonscription misait sur l’installation dans le département de nouveaux producteurs, mais aussi sur le développement des recherches pour faire face aux agressions sanitaires et aux défis climatiques.
Moins apparent, mais illustrant concrètement l’implication de l’agriculture locale dans le quotidien des ardéchois : depuis plusieurs années, le département a mis en place un circuit d’approvisionnement pour les cantines des collèges. 1500 producteurs ou éleveurs, directement ou via une coopérative, peuvent ainsi être sollicités par les 22 collèges. Cécile MATHIEU, chargée de mission au département, soulignait l’importance de "l’agriculture locale" dans l’accompagnement des établissements scolaires. En favorisant l’économie régionale, elle réduit l’empreinte carbone liée au transport, de même que ce système facilite la traçabilité et la qualité des produits. Il permet aussi, et ce n’est pas un détail, de sensibiliser les élèves à une alimentation saine et durable.
Lendemain du salon. Je retrouve Julia BURILLON dans sa bergerie "La ferme des Bois" sur la commune de Chandolas. Une batisse qu'elle loue avec Pierre-Louis, son compagnon. Financée par l'Etat, le Département et la Région, avec bien sûr la participation de la municipalité, "La ferme des Bois" a vocation à devenir prochainement une Ferme Pédagogique.
Sereine au mileu de ses chèvres et brebis, Julia est revenue désabusée du Salon de l'Agriculture. Présente avec une petite dizaine de représentants de son syndicat, à aucun moment de la journée, tient-elle à préciser, une discussion, voire un simple contact, un salut, n'a pu s'établir avec un des représentants du Département. La Confédération Paysanne était ignorée.
Jean-Marie Bayle



