Léon Roches, un ancien du collège impérial de Tournon, spécialiste de l’islam et consul de France à l’époque de Napoléon III.

 LÉON ROCHES ( 1809 – 1900)

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LEntree_Gabriel_Faurea sortie estivale de lAmicale à Tournon est loccasion dévoquer un personnage extraordinaire qui est passé dans cette ville, comme élève du célèbre collège de Tournon : Léon Roches.

Ce diplomate aventureux est né le 27 septembre 1809 à Grenoble. Orphelin de mère, élevé par sa marraine Madame de Champagneux, il est envoyé en pension à Tournon où il obtient son baccalauréat en 1828 et entame brièvement des études de droit.

Ce Dauphinois, Ardéchois provisoire mais attaché à notre département, et plus attiré par le commerce que par les études. Pour le compte dun commerçant marseillais il parcourt les différents états qui composeront plus tard lItalie. Son père a obtenu une concession agricole en Algérie à Braham-Reïs. Il le rejoint le 12 juillet 1832. Sur place il tombe amoureux de Khadidja, apprend larabe, et pas chez Abdelkader où se trouve sa belle qui sest mariée entre-temps. Léon Roches devient le secrétaire et lhomme de confiance de lémir qui lui fait épouser une de ses nièces, quil répudiera devant le Cadi dOran fin1839. En octobre 1839 les combats reprennent entre Abdelkader et les Français. Il quitte son mentor et se met au service du général Bugeaud en qualité dinterprète.

La « pacification » de lAlgérie se déroule dans la violence. Léon Roches à lidée daller demander une Fetwa (écrit admettant que les musulmans dAlgérie puissent se soumettre aux Français sous réserve de leur liberté religieuse) aux autorités religieuses musulmanes. Il part alors pour un périple extraordinaire, dabord à Kairouan en Tunisie où ils rencontrent les oulémas le 18 août 1841. De Kairouan il va au Caire faire valider cette Fetwa par les ulémas de luniversité dEl Azhar. Il décide daller à la Mecque en sarrêtant à Djeddah chez le consul de France Fulgence Fresnel. En janvier 1842 il rencontre le shérif Sidi Mohamed Ebnouaoum qui confirme la validité de la Fetwa de Kairouan. Il fait parvenir tous ces documents au général Bugeaud, démissionne et part à Rome où il rencontre le pape Grégoire XVI. Bugeaud le rappelle en Algérie. En 1944 il est chargé de la direction des affaires arabes, va au Maroc où Abdelkader a trouvé refuge. Il participe à la bataille dIsly. À la suite de ses exploits il reçoit la Légion dhonneur le 25 août 1844.

Léon Roches commence alors une carrière consulaire diplomatique. Le 15 juillet 1845 il est pressenti pour être consul général à Tanger, puis le 14 février 1846 secrétaire de la légation au Maroc. Il épouse à Malaga Camille de Chasteau, fille du chargé daffaires de la légation. Le couple a rapidement deux enfants : Marie en 1847 et Mathilde en 1848. Il est nommé consul de première classe à Trieste où il découvre la fonction. Le monde musulman lui manque. Le 26 mai 1852 il est nommé consul général à Tripoli (Libye) qui fait partie de lempire ottoman, puis à Tunis sous le règne de Mohammed Bey. Il y reste huit ans, mais il est surpassé par son confrère le consul dAngleterre.

Le 7 octobre 1863 il est nommé consul général et chargé daffaires au Japon qui vient juste douvrir ses frontières. Léon Roches est sensible aux difficultés de lindustrie de la soie liée à la maladie de la pébrine qui sest répandue dans toute la région lyonnaise au sens large, en particulier en Ardèche.

Les bombyx japonais sont immunisés et indemnes de cette maladie. Mais les Japonais refusent toute exportation. Léon Roches pense un échange technologie moderne contre soie grège et graines de vers à soie. Il a un rôle essentiel dans la décision des Japonais de construire à Yokosuka un arsenal moderne où nous allons retrouver nos deux Ardéchois Léonce Verny (Aubenas) et Émile de Montgolfier (Annonay). Léon Roches obtient directement de lempereur Napoléon III la mise à disposition dune quarantaine de contremaîtres et ingénieurs des arsenaux pour réaliser un projet qui fera date dans la modernisation du Japon. Il sentend particulièrement bien avec le puissant shogun Tokugawa, qui envoie une délégation en France pilotée par Léonce Verny, alors en Chine, à Ningbo. En 1865 celui-ci prépare en trois semaines un avant-projet darsenal séduisant dans la baie de Yokohama.

Une guerre entre clans se déroule en 1867, alors que les Français travaillent depuis deux ans. L’empereur est rétabli au détriment du shogun. Le changement de régime est acté le 3 janvier 1868. Cest le début de lère Meiji dont on fêtera les 150 ans en 2018. Fidèle en amitié, Léon Roches sobstine à soutenir le clan Tokugawa alors que les Anglais prennent parti pour lempereur. La France envoie un nouveau représentant et rappelle Léon Roches en France où il est mis en disponibilité.

À Yokosuka, Léonce Verny a le plus grand mal à rétablir la confiance avec les nouvelles autorités japonaises qui finissent par reconnaître les apports des Français, non seulement en matière darsenaux, mais aussi sur le plan de léducation, des normes, de la Marine, et des différents équipements modernes comme le gaz de ville où la filature modèle de Tomioka dans laquelle viennent travailler huit ardéchois et ardéchoises de la vallée de lEyrieux sous lautorité de Paul Brunat, originaire de Bourg-de-Péage.

Léon Roches se retire dabord en Dauphiné où il écrit ses mémoires : En 1884 paraît le premier tome de «Trente-deux ans à travers l’Islam (1832-1864) ». Le 2ème tome paraîtra en 1885, le 3°, hélas, jamais

Il meurt le 23 juin 1900 au château de la Tourette à Floirac à côté de Bordeaux, chez sa fille Marie et son gendre Manuel Laliman. Il est inhumé au cimetière de la Chartreuse.

Bernard Champanhet

PS : Vous retrouverez Léon Roches dans un livre à paraître prochainement intitulé : « Le fil de soie ».

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